lundi 6 février 2017

Questionnaire: Processus de création


1- Qui est l’écrivain que vous préférez et pourquoi aimez-vous cet écrivain ?
J’affectionne particulièrement Albert Samain. Quand j’ai découvert ce poète, cela m’a fait un choc. Ses poèmes étaient comme ceux que je tentais d’écrire. Depuis, je suis un admirateur inconditionnel de ce poète. Très sensible, ses vers coulent doucement grâce à un traitement sérieux des sonorités. Ses poèmes se résument souvent lors du dernier vers. Les alexandrins classiques ne sont pas forcément innovateurs à l’époque de cet écrivain. Son style demeure toutefois élégant, malgré toute la sensibilité, ce qui leur confère de la force au lieu de l’apitoiement désespéré qu’on retrouve habituellement chez de nombreux poètes de l’époque.
« Je rêve de vers doux ...

Je rêve de vers doux et d'intimes ramages,
De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages,

De vers blonds où le sens fluide se délie
Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,

De vers silencieux, et sans rythme et sans trame
Où la rime sans bruit glisse comme une rame,

De vers d'une ancienne étoffe, exténuée,
Impalpable comme le son et la nuée,

De vers de soir d'automne ensorcelant les heures
Au rite féminin des syllabes mineures.

De vers de soirs d'amour énervés de verveine,
Où l'âme sente, exquise, une caresse à peine...

Je rêve de vers doux mourant comme des roses. »


2- Comment définiriez-vous la notion de style en littérature ?
C’est la manière de raconter une histoire, de partager un sentiment. Le style est un caractéristique formelle qui varie selon le point de vue, le vocabulaire, le genre des discours, etc. C’est l’émotion qu’on veut donner à une situation. C’est en quelque sorte la « signature » de l’auteur. Ça le rend original. Le style est influencé par la vision de l’auteur sur une situation donnée et l’effet qu’il cherche à obtenir, consciemment ou non.

3- Quelle est, selon vous, l’utilité sociale de l’écrivain ?
L’écrivain permet de jeter un regard nouveau sur le monde réel via un univers parallèle forgé de mots. Il permet aux écrivains de partager des émotions et aux lecteurs de s’y retrouver. L’écrivain est avant tout un grand communicateur. Il arrive que l’écrivain soit particulièrement engagé et qu’il pousse le lecteur à agir concrètement. Assurément, on assiste à un changement intérieur. Le texte littéraire vise l’évolution des mentalités et le raffinement de la sensibilité de ses lecteurs. De cette manière, l’écrivain rapproche les êtres humains du monde dans lequel ils vivent ; il les réconcilie avec leur propre vie. Comme tous les artistes, l’écrivain jour un rôle important dans le divertissement. Il sort les gens de leur quotidien et leur montre autre chose.

4- Selon vous, quelles sont les principales qualités requises pour produire des textes littéraires intéressants ? (min. 4 + expliquer)
1. Il faut avoir de la persévérance. L’écriture est rarement une chose facile. Souvent, on a une idée en tête qu’on trouve merveilleuse, mais il est rare qu’on arrive à la rendre avec autant d’enthousiasme sur papier. Pour produire des textes intéressants, les réécritures sont souvent indispensables. Même si cette tâche paraît ardue, les résultats en valent la peine. La persévérance permet de passer au travers de ce long processus.
2. On doit posséder une bonne maîtrise de la langue. Un bon vocabulaire est toujours un atout. Cette qualité permet d’exprimer ses idées de manière précise et d’user d’une multitude d’images pour se faire comprendre. Cela permet d’utiliser les nuances des registres de langue et des expressions afin de donner de la profondeur et de la crédibilité à des personnages, des émotions et des situations vécues.
3. On doit éprouver du plaisir à écrire, un certain désir de produire quelque chose de qualité. C’est ce qui donne du sens au travail qu’on fait. Si on n’est pas motivé pour écrire, on ne se souciera pas du résultat obtenu. Je ne crois pas qu’on puisse écrire un texte littéraire intéressant en étant totalement désintéressé et ennuyé par ce que l’on fait.
4. Enfin, il faut avoir un peu de talent et/ou de chance. Il faut arriver à assembler les mots d’une manière qui va frapper les gens. Pour ce, il faut savoir tirer profit ou bien faire de nombreux essais/erreurs jusqu’à ce qu’on arrive à un résultat satisfaisant. Si l’on pense à des auteurs comme Kafka, qui auraient voulu tout brûler leurs ouvrages à la fin de leurs vies, on peut se demander combien de chefs-d’œuvre sont tombés dans l’oubli à cause de la faible estime de leur auteur ou encore à cause d’un manque d’opportunité d’atteindre le lecteur cible. Il faut parfois qu’un texte rencontre le bon lecteur pour être reconnu à sa juste valeur.

5- Pourquoi, selon vous, les écrivains écrivent-ils ?
Les écrivains ont envie d’être lus. Ils ont un message à transmettre, quelque chose qu’ils ne peuvent garder pour eux-mêmes. Certains aiment réécrire leurs vies comme ils auraient souhaité qu’elle soit. Les écrivains ont des tendances exhibitionnistes. Ils souhaitent révéler une partie d’eux-mêmes au grand public, une façon de pensée, un fait vécu, une situation malencontreuse, etc.

6- Peut-on écrire aujourd’hui de la même façon que l’on écrivait il y a de cela cinquante ans ?
On peut s’inspirer de la manière dont on écrivait autrefois. Néanmoins ce ne sera jamais exactement la même chose. Chaque texte littéraire émerge d’un contexte ou d’une époque qui lui est propre. Écrire à la manière d’il y a cinquante ans relèverait de l’imitation, ce qui demeure un exercice d’un grand intérêt qui permet de comprendre d’où l’on vient et où nous sommes rendus. Toutefois, ce travail n’aura jamais le même niveau d’authenticité qu’une œuvre qui se veut absolument originale. De nos jours, il faut aller chercher ailleurs, trouver quelque chose de différent pour se distinguer et innover.

7- Est-il préférable de faire appel aux émotions que l’on éprouve pour créer ou, plutôt, faire appel à son imagination ?
L’émotion renvoie à une situation vécue par l’auteur. Je crois que l’émotion peut toucher un public plus large et donner une impression de réel. L’imagination permet une certaine originalité, mais trop de ces dérives incontrôlables n’amènent pas forcément quelque chose de tangible, d’assez connu du public pour qu’il puisse s’y reconnaître. Enfin, il faut un peu des deux. Il faut user de son imagination pour trouver une façon originale d’exprimer une émotion ressentie. Tout est dans la manière.

8- Quelle est l’importance de la solitude dans le processus de création littéraire ?
Il faut définitivement passer un grand temps seul lorsqu’on écrit. Cela permet de se concentrer davantage. Il est difficile d’écrire efficacement lorsqu’on est entouré de gens qui nous distraient constamment. Seul, on parvient à un état méditatif où toutes nos pensées sont orientées sur les mots. On a alors la liberté de mijoter ses pensées, de replonger dans ses souvenirs, de se projeter dans le futur. C’est la même chose que lorsqu’on lit. Il est préférable d’être seul et attentif. Sur un projet d’envergure, il est bien de sortir de sa solitude de temps en temps pour se rafraîchir les idées et débloquer les impasses.

9- Y a-t-il des sacrifices indispensables à la réalisation d’une œuvre littéraire ?
Il faut être prêt à mettre du temps dans la réalisation d’une œuvre littéraire. Il faut trouver un moment dans son horaire et éliminer toute distraction pour bien se concentrer et écrire. Consacrer une heure, voire une soirée à l’écriture est un énorme sacrifice et c’est de plus en plus rare de nos jours.

10- Quel est le moteur de l’écrivain, où celui-ci puise-t-il son désir d’écrire ?
Certains utilisent l’écriture comme un endroit où se défouler, se libérer de ses pensées, comme une sorte de thérapie. Le désir d’écrire est une pulsion intérieure qui cherche à nommer des phénomènes qu’on observe, qu’on imagine. Écrire permet de réorganiser son esprit. Il y a également un désir esthétique dans l’écriture. On cherche à créer de belles formulations, touchantes ou éloquentes. Il peut y avoir un peu de narcissisme dans cette pratique. Jeune, Victor Hugo a dit « Je veux être Chateaubriand ou rien. ».

11- En quoi le travail de l’écrivain se compare-t-il au travail de l’artisan ?
L’écrivain et l’artisan se ressemblent en ce qui a trait à la rigueur de travail. L’écrivain, comme l’orfèvre, martèle encore et encore son matériau brut, la langue, jusqu’à obtenir le produit désiré, un bijou étincelant maintes fois travaillé. Il y a également la notion d’expérience et d’acquisition d’un savoir-faire qu’on attribue aux artisans plus âgés et aux écrivains reconnus. Par ailleurs, il y a la relation entre le maître et l’apprenti qui peut être intéressante. Par exemple, Maupassant a longtemps été l’élève de Flaubert avant de connaître du succès.

12- En quoi le travail de l’écrivain se distingue-t-il du travail de l’artisan ?
Contrairement à l’artisan, l’écrivain ne cherche pas à reproduire encore et encore un produit. L’écrivain écrit une œuvre, puis cherche à évoluer, à soulever de nouveaux enjeux dans son prochain ouvrage. À proprement parler, l’écrivain ne travaille pas un matériau tangible. Son travail est surtout réflectif. Il jongle avec des concepts abstraits pour distinguer des idées. Il est davantage dans la sphère théorique que pratique.

13- Quel rapport établissez-vous entre la faculté d’une personne à s’exprimer et sa capacité à penser ?
Je ne crois pas qu’on puisse établir un lien direct entre ces deux facultés et jugé sot celui qui s’exprime mal. Certaines personnes très érudites, qui ont accumulé beaucoup de savoir au fil du temps, éprouvent de la difficulté à s’exprimer clairement. Trop d’idées se bousculent dans leur tête. Au contraire, d’autres expriment leur opinion dès qu’ils en ont l’occasion sans vraiment réfléchir au sens ou à l’impact de leurs propos. Néanmoins, il est vrai que de grands penseurs, comme Dany Laferrière, s’expriment très clairement. Un vocabulaire riche leur permet de trouver les mots justes pour transmettre leurs idées et créer des images originales.

14- Quel genre d’écriture préférez-vous (essai, roman, poésie, théâtre, nouvelle) ?
Le roman est le genre que je lis le plus souvent. J’aime me faire conté des histoires, surtout quand il y a beaucoup de dialogues. Je n’ai jamais tenté d’en écrire. Même si je n’en lis pas souvent, j’adore lire du théâtre. Ce genre est très vivant et va directement au point. Il n’y a pas ces longues descriptions qui ankylosent parfois les romans. Quelques lignes suffisent souvent à définir le décor au début de la pièce. La poésie est le genre que j’ai le plus exploité pour mon écriture personnelle. La brièveté du genre m’a sans doute poussé vers la poésie avant tout. On arrive plus rapidement à un produit fini, (quelques heures au lieu de plusieurs semaines pour le roman). On peut alors expérimenter davantage dans diverses directions.

15- Quelle est l’importance de l’innovation dans l’écriture ? L’écrivain doit-il nécessairement innover lorsqu’il écrit ?
Un auteur n’a pas forcément à réinventer la littérature. Parfois, il suffit de reprendre le travail de ses auteurs favoris et de peaufiner leur style pour créer un chef-d’œuvre. D’une certaine manière, on peut appeler ça de l’innovation. On pousse plus loin une idée déjà appréciée. De nombreux écrivains ont réussi à se démarquer grâce à leur propre voix. Cette touche personnelle est innovante.

16- Que vous plairait-il d’écrire dans le cadre de ce cours ?
J’aimerais écrire quelques poèmes. La forme courte permet d’expérimenter dans plusieurs directions. J’aimerais écrire une nouvelle, car je ne l’ai jamais fait. Cet objectif me semble plus réaliste qu’un roman et permet tout de même une série de tournures narratives intéressantes. J’ai envie d’explorer cet univers méconnu qui compte des auteurs intéressants (Maupassant, Tchekhov).

17- Trouvez deux questions qui auraient pu se retrouver dans ce questionnaire.
Quelle est l’importance de la notion de vérité et de réel en littérature ?
Y a-t-il une hiérarchie des genres littéraires ?


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